Domaine de Chamarande

à partager en Essonne

Conseil Général de l'Essonne
Bandeau rouge

Vues – Hubert Robert > 2013-2014

HUBERT ROBERT

Empreint d’émotion, le paysage pittoresque dévoile les sentiments de l’artiste dans une nature sublimée. C’est le rapport entre l’idée et la forme qui est privilégié pour exprimer l’harmonie entre l’homme et la nature.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, Hubert Robert, surnommé Robert des Ruines, renouvelle le genre du paysage en combinant étude de la nature et fantaisie poétique. La toile Vue du Château de Chamarande, réalisée vers 1785, témoigne de son attrait pour les jardins et l’architecture. La peinture présente une vision insolite du château et de ses abords : à une scène de vie quotidienne se mêlent des éléments imaginaires, telles les vertigineuses falaises qui donnent un caractère vibrant à la forêt environnante alors même qu’elle s’inscrit dans un relief légèrement vallonné. Ce paysage pittoresque, empreint d’émotion, dévoile les sentiments de l’artiste dans une nature sublimée.

La mode est alors aux jardins pittoresques dit aussi jardins anglais dont les tracés sont travaillés de manière à produire les effets d’un paysage naturel ; des folies ou fabriques (constructions architecturales utilitaires et décoratives) viennent ponctuer ces mises en scène de la nature. C’est le rapport entre l’idée et la forme qui est privilégié pour exprimer l’harmonie entre l’homme et la nature, entre la paix et l’esprit. En peinture, le védutisme (vues), et notamment celui des capricci (paysages imaginaires) dans lequel s’inscrit Hubert Robert, prolonge cette invitation à la contemplation : les paysages sont prétextes à engager une réflexion sur les aspirations de tous et les destinées de chacun. Cette nouvelle sensibilité au monde s’apprécie également dans les écrits de Jean-Jacques Rousseau et ses Rêveries du promeneur solitaire.

À quelle occasion la toile fut-elle réalisée ? Nous n’avons aucune source écrite à ce sujet. Cependant, nous savons que le peintre travaille, de 1786 à 1793, sur le Domaine de Méréville, situé non loin de Chamarande. C’est le financier Jean-Joseph de Laborde qui fait appel à Hubert Robert, après avoir écarté François-Joseph Bélanger, le créateur des jardins de Bagatelle. Chargé de poursuivre l’aménagement du parc et d’imaginer diverses fabriques, Hubert Robert adopte alors une démarche artistique originale. À la différence d’un architecte traditionnel, il traduit ses projets en peinture : chaque espace du jardin est conçu comme un tableau naturel, l’un se juxtaposant à l’autre pour former le jardin idéal. En aurait-il fait de même pour Chamarande ? Le tableau serait-il un projet lié aux abords du château ? C’est une hypothèse séduisante qui ne permet pourtant pas d’attribuer au peintre des interventions sur le Domaine de Chamarande, et encore moins – comme il est d’usage – la conception de l’île.

Conservée dans la famille Talaru, propriétaire du Domaine de Chamarande entre 1737 et 1850, la toile, est mise en vente par les héritiers en 1973. Vingt ans plus tard – en 1998 -, elle passe à nouveau aux enchères ; elle est alors préemptée par l’État pour le Conseil général de l’Essonne. Depuis le tableau est exposé dans la galerie gauche du château de Chamarande.

Peintre et dessinateur de jardins, Hubert Robert est né à Paris en 1733 où il meurt en 1808. Formé en Italie (1754-1765) où il se passionne pour l’Antiquité et ses vestiges, il se lie d’amitié avec le peintre de ruines Giovanni Paolo Panini et le jeune Jean- Honoré Fragonard. De retour en France, il réalise des séries sur les monuments antiques de la France, et conçoit nombre de jardins – Ermenonville, Méréville, bosquet des bains d’Apollon à Versailles, hameau de la reine à Trianon. Par ailleurs, il est nommé « dessinateur des jardins du roi » à Versailles et « garde des tableaux du roi ». Après la Révolution, il est notamment chargé de l’aménagement du Muséum central des Arts au palais du Louvre.

Exposition Vues 2013-2014 : Hubert Robert © Stefan Shankland / © Yves Morelle