Exposition collective dans le parc

25 mai 2024 – 27 octobre 2024 – parcours dans le parc – départ de l’Orangerie

Artistes invités : Emmanuelle Becquemin & Stéphanie Sagot, Daniel Dewar & Grégory Gicquel, Pierre Marie Lejeune, Denis Macrez, Alix Marie, Abraham Poincheval, Agnieszka Polska, Philippe Ramette, Dominik Ritszel, Sarah Roshem, Maryline Terrier

Commissariat de l’exposition : Karolina Kaźmierska

Tout commence par une grande inspiration d’air et par un cri découlant d’une contraction des muscles intérieurs et extérieurs.

La naissance d’une nouvelle vie.

Un effort physique et une dépense énergétique comparables à celle d’un marathon.

Puis, un corps contre un corps et la découverte d’un nouvel espace.

Enfant, le corps a ce besoin incontrôlable de bouger, de se découvrir et de découvrir l’environnement qui l’entoure. En se déplaçant à quatre pattes, en touchant toute surface sur son chemin, le corps fait connaissance avec le monde extérieur. L’activité physique l’accompagne tout au long de la jeunesse.

Et puis le jeu devient un espace d’interactions avec d’autres corps. Le terrain de jeu est un des premiers lieux où on s’invente des règles semblables à celles qui régissent notre société.

En substance, l’être humain est issu du mouvement, de la marche et du nomadisme.

Puis avec les modes de vie contemporains, l’humain devient un être sédentaire. Par conséquent, son rapport au corps a changé, évolué.

Avec le progrès technologique, le travail devient moins pénible physiquement et les conflits sont désormais l’affaire de l’esprit et des machines. Que faire de cette énergie qui s’accumule dans le corps ? Le sport, est-il un substitut ?

Permet-il de canaliser les réflexes d’animalité et d’agressivité d’une personne ? Avons-nous trouvé un moyen de nous affronter sans blesser personne ?

Alix Marie, Héraclès, 2018 – ADAGP 2024

Le corps, en particulier le corps sportif, est présent dans le domaine de l’art depuis des millénaires.

Dans la Grèce antique, les représentations des athlètes recouvraient les vases, les mosaïques ou les fresques murales. La célébration du corps constituait une partie importante de la philosophie grecque et la beauté physique n’était pas séparée de la perfection de l’esprit.

Pendant des siècles, la thématique du sport a disparu des productions artistiques. Les artistes s’intéressent de nouveau au corps en mouvement au XIXe et XXe siècles grâce au progrès technique et notamment à l’apparition de la photographie. C’est ensuite l’émergence de la performance qui place le corps de l’artiste au centre de son œuvre. Le corps devient œuvre et se fait œuvre. Parfois, il redevient une sculpture vivante. Et, parfois, la sculpture imite le corps en mouvement ou suggère un corps en devenir ou un corps disparu.

Ce mouvement est le résultat d’une force extériorisée, d’une énergie rayonnante qui traverse notre corps, nos organes, pour enfin, trouver son écoulement dans le monde extérieur en l’affrontant, en l’embrassant. Le visible et l’invisible sont connexes. Les tensions musculaires redessinent les formes corporelles. D’une courbe vers une courbature, le corps se donne mal, se transforme pour atteindre la perfection, pour obtenir une nouvelle posture, une nouvelle position, un nouvel élan.

Maryline Terrier, Amazones Paralympiques, Courtesy H Gallery, Paris

L’exposition au Domaine de Chamarande propose un parcours d’art qui s’intéresse au corps en mouvement, au corps sportif.

Le corps est un miroir du monde comme le sport peut être aussi le reflet d’une société en mouvement. La compréhension du sport a évolué à travers les siècles. Les artistes invité(e)s vont au-delà de la simple représentation du corps. Le sport est un prétexte pour étudier les mécanismes qui gouvernent la société, les codes culturels ou l’identité de genre. Les œuvres présentées s’articulent autour de deux axes : le sport comme un outil thérapeutique fédérateur et comme une expérience esthétique du corps.

Dominik Ritszel, Shaping small damages, 2016

Le sport est fédérateur par l’expérience directe, de la participation au jeu et les interactions entre sportifs. Mais aussi par l’expérience indirecte du spectateur qui vit la compétition émotionnellement en se solidarisant avec les joueurs. La participation éveille l’envie de gagner ensemble, de s’accorder. L’individu est confondu dans le groupe qui lui donne de la force ce qui peut être extatique.

D’une part, les œuvres proposées parlent de l’expérience collective, car le sport peut être une métaphore des interactions entre les humains. Elles explorent le rôle du corps dans les pratiques sociales en permettant de vivre une expérience de dialogue et de connexion.

D’autre part, elles abordent la question de l’expérience intime du corps, en mettant en lumière l’évolution de notre relation à sa représentation influencée par les médias sociaux. La promotion de corps parfaits, les photos retouchées ont modifié ce rapport en glorifiant le corps sportif, le corps en action et le dépassement de soi. Les notions de force, de virilité ou de féminité sont remises en question.

L’exposition est une invitation à explorer notre relation au corps et à l’activité physique. Le corps du spectateur est lui-même mis en mouvement lors du parcours de l’exposition. Les œuvres représentent et réinterprètent les corps en action. Elles dialoguent avec le spectateur par leur échelle, mais également, reflètent et renvoient au paysage qui les entoure pour signifier l’importance de notre relation à la spatialité et à l’environnement dans lequel nous vivons.

Visuel d’entête : Pierre Marie Lejeune, Split, 2018, Courtesy Galerie Messine – ADAGP 2024

Vignette : Sarah Roshem, Nappy – ADAGP 2024