Domaine de Chamarande

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Dans le marais > Gilles Bruni

GILLES BRUNI

Balance : monter-descendre / descendre-monter,
changer de point de vue pour mieux éprouver le marais
,
2011-2013

Dans le marais, la gestion intègre les spécificités de la vaste prairie humide de 8 hectares située en bord de Juine. Espace ouvert, avec une végétation typique – roseaux, joncs, reines des prés ou spirées -, le marais est un milieu naturel où la biodiversité est riche et sensible.

Véritable zone refuge pour les passereaux comme la Locustelle tachetée ou le Phragmite des joncs, le paysage de marais nécessite un entretien adapté aux meilleures conditions d’épanouissement des nombreuses espèces qui y vivent ou viennent s’y nourrir. Dans cette perspective, des mares-tests ont été créées en 2011 : elles forment des écosystèmes favorables aux libellules, grenouilles et tritons, ou encore au développement d’une flore de bords de mares très particulière.

• Balance, une installation vivante
Gilles Bruni participe avec Balance, installée depuis 2011 à proximité de la Juine, à faire re-vivre et re-découvrir aux visiteurs la zone du marais. Monticule composé de la tourbe issue du creusement d’une mare, de fascines de saules provenant du parc et de ganivelles de châtaigner, cette réalisation offre un point de vue sur ce milieu humide et fertile normalement inaccessible au public.

Un regard sur le marais
À l’origine du projet, Gilles Bruni et Pascal Parmentier, naturaliste du Domaine, ont discuté de l’hypothèse d’une variation de la faune et la flore dans la zone du marais, voire d’une réapparition de sujets qui avaient fini par disparaître au fil du temps et d’une tolérance croissante de la végétation du marais à la sécheresse.
Le suivi de l’œuvre Balance consiste en deux relevés annuels de la biodiversité animale et végétale : le premier au printemps (début mai), et le second pendant l’été (courant juillet).

Évolution de la flore de juillet 2011 à juillet 2012
Sur le cheminement et la rampe, on remarque une végétalisation progressive : la flore qui s’installe est, comme envisagée, similaire à la mégaphorbiaie alentour.
Sur le talus bâti avec la terre issue du creusement de la mare, la végétation hygrophile qui s’est installée la première année (roseau, baldingère, eupatoire) laisse place à une végétation de milieu riche, dite nitrophile, au fur et à mesure de l’assèchement du monticule. Ainsi la consoude officinale et le chardon crépu sont-ils des indicateurs de l’assèchement progressifs. En août 2012, on observe au sommet la pousse de la verveine officinale qui se plaît principalement sur les sols secs.
Les bords et le fond de la mare ont rapidement été colonisés par la végétation. Si le roseau est très envahissant, de nouvelles espèces se sont cependant installées : menthe à feuilles rondes, jonc articulé et samole de Valérand ou mouron d’eau. Ces deux dernières espèces n’avaient jamais été observées dans ce secteur de la
Juine ; le mouron est assez rare en Essonne.
En outre, la mare fonctionne comme une jauge du niveau de la nappe phréatique. Avec les fluctuations de l’eau dans le marais, on constate une végétation qui s’adapte aux variations saisonnières. La période de sécheresse estivale accentue la différence entre la butte et la mare. La sélection s’opère, et les plantes les mieux adaptées à l’assèchement de la tourbe s’expriment progressivement.

Évolution de la faune de juillet 2011 à juillet 2012
La mare est en eau toute l’année, même si son niveau varie fortement entre l’hiver où la nappe est au plus haut et l’été où seul le fond reste en eau. Cette mare se révèle très propice au développement d’espèces réalisant une partie de leur cycle en milieu aquatique et a notamment été colonisée par de nombreuses espèces de libellules et d’amphibiens.
Les résultats les plus intéressants concernent les amphibiens dont toutes les espèces sont protégées en France. Si les grenouilles et les crapauds ont facilement pu coloniser la mare grâce à une mare toute proche, la présence de larves de triton palmé est une donnée très intéressante puisqu’il n’était pas connu dans cette zone du parc.

Né en 1959 à Nantes, Gilles Bruni vit et travaille à Clisson. Il réalise depuis trente ans des installations paysagères contextuelles. Sa pratique concentre ses intérêts pour le paysage, l’écologie du lieu, ses habitants et leur histoire. Il a par ailleurs réalisé avec Marc Babarit à partir des années 1980 une trentaine d’installations paysagères en Europe et en Amérique du Nord.

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