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Noémie Rocher > 29 mai – 17 juillet 2016

Noémie Rocher
Mélancolie euphorique

Depuis toujours ce que Noémie aime c’est l’école buissonnière ! À l’âge des culottes courtes c’est aux fourmis qu’elle dédie toute son attention dans la cour de l’école, plus tard c’est un professeur des Beaux-Arts d’Aix-en-Provence qui lui explique que l’on ne peut appliquer directement du noir sur la toile qui la met en fuite… Cette fuite la mènera à la Guildhall à Londres dont elle n’aura de cesse de laisser vacante sa chaise pour aller s’encanailler avec les Young British Artists tel Mat Collishaw, et découvrir la Beat generation avec Miller et Bukowski. C’est suite à cette « mauvaise » influence qu’elle échoue chez l’enfant terrible de l’art contemporain Damien Hirst avec qui elle va collaborer pendant un an et se faire la main dans la section la plus exigeante : l’hyperréalisme. Au gré de ses rencontres et de son expérience, elle mûrit son style.

En fait, son inspiration est riche et multiple : elle jette d’abord sur la toile les blessures de son enfance dans la série des Scarifications puis aborde les rives de la Tamise et peint les ponts de Londres tels de gigantesques et fantomatiques ectoplasmes… Dans le même temps, Noémie Rocher se passionne pour la poésie d’Andrée Chédid et crée toute une série d’œuvres pour les illustrer : elle manie alors le goudron et l’essence sur des poèmes de la Seconde Guerre mondiale…

L’accident cardio-vasculaire d’un proche lui inspire une série plus personnelle et émouvante sur le rythme cardiaque, transformé par la nécessité de gérer l’angoisse en poésie picturale aux couleurs rêveuses et mélancoliques. La série des Cœurs est une sorte de synthèse de son parcours artistique et humain. Le rythme cardiaque l’a menée au symbole « cœur » dont elle détourne la représentation infantile : il saigne, est couturé de cicatrices ; les ponts sont devenus une sorte d’échelle pouvant incarner l’écoulement du temps mais aussi une notion de passage d’un état à un autre. Le maniement des couleurs résulte d’une expérience chamanique. Chaque toile fonctionne comme des portes : celles de nos peurs et celles de leur dépassements. Ainsi les petites vanités qui émaillent sa série Cœurs pourraient-elles être perçues comme un rappel inquiétant de nos pires craintes mais leur traitement enfantin pondère avec humour cette première impression.

Aujourd’hui elle renoue avec l’abstraction lyrique et peuple son monde de cieux tourmentés et d’aubes mélancoliques avec la série ici présentée Mélancolie euphorique. Mais, dans la peinture de l’artiste, la mélancolie est vibrionnante : pas un atome qui n’interagisse, tout est mouvement. De l’aube au crépuscule, une trame se tisse et plutôt que de nous laisser dériver dans une douce neurasthénie, celle-ci nous aiguillonne et nous invite à un questionnement ontologique sur la nature oxymorique de l’œuvre comme un miroir tendu à notre âme. Noémie Rocher joue des contrastes entre obscurité et lumière, zèbre ses éthers d’une tension antagoniste d’où naissent la poésie, la beauté et la vie.

Noémie Rocher
Mélancolie euphorique 

29 mai – 17 juillet 2016 ●
au château ●
> dans la galerie : mardi-dimanche, 13h-19h

Exposition Noémie Rocher 2016 © CDEssonne _ Henri Perrot